Le protestantisme I L'histoire de la réforme

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En Suisse, la région formée par les cantons de Genève, Neuchâtel et Vaud, la partie romande du canton de Berne et le district de Morat dans le canton de Fribourg présente la particularité unique au monde d’avoir vu se déployer sur son sol une culture, voire une civilisation, d’expression française et de frappe protestante.

La Réforme suisse, qui doit autant, voire davantage (sauf à Genève), à l’influence de Zwingli qu’à celle de Calvin se distingue de la Réforme luthérienne par une volonté plus poussée de réformer les usages et les institutions tant de l’Eglise que du pays. Tandis que les luthériens insistent sur le salut SOLA FIDE, “par la foi seule”, les réformés font plutôt porter l’accent sur le fait que Dieu accorde le salut et que lui seul doit être adoré (SOLI DEO GLORIA) ; loin d’être opposées l’une à l’autre, ces deux convictions complémentaires sont deux manières différentes d’affirmer la même certitude.

La Réforme est apparue presque simultanément en de nombreux pays d’Europe, et de manière plus particulièrement durable et marquée en Allemagne et en Suisse.

En Allemagne, on lui donne pour point de départ l’affichage des thèses par lesquelles le moine augustin Martin Luther, le 31 octobre 1517, s’en prit vertement au commerce des indulgences et affirma avec force que nous sommes sauvés, non par nos œuvres pies, mais par la seul grâce de Dieu.

En Suisse, la prédication de l’archiprêtre Ulrich Zwingli à la collégiale (Grossmünster) de Zurich conduisit les bourgeois de cette ville, entre 1523 et 1525, à décider l’abolition de tout ce qui, dans la foi chrétienne, était contraire aux enseignements de la Bible, et à réformer tant la manière de célébrer le culte que l’organisation même de l’Eglise (suppression de la distinction entre état religieux et état laïque, fermeture des couvents, élimination des images favorisant des attitudes superstitieuses, etc.). Le mouvement ne tarda pas à s’étendre à d’autres cantons de Suisse alémanique (Berne, Bâle, Saint-Gall, les Grisons pour ne citer que les plus importants).

En Suisse romande, la Réforme bernoise s’est étendue dès 1528 à l’actuel district d’Aigle, au Pays d’En-Haut, au district de Morat et au Jura bernois.

A Neuchâtel, la Réforme a été prêchée et établie dès 1530 par le prédicateur français Guillaume Farel.

A Genève, la décision de suspendre la célébration de la messe date de 1535, celle d’adopter la Réforme de mai 1536 (mais l’influence de Jean Calvin ne s’y établit de manière décisive qu’en 1541).

C’est également en 1536 que, prenant possession du Pays de Vaud (il appartenait jusqu’alors au duc de Savoie), les Bernois y établirent la Réforme et dotèrent Lausanne de la première Académie réformée dans un pays francophone (premier cours de théologie en janvier 1537).

Bernard Reymond

Si la Réforme demeure un tournant important de l’histoire occidentale, les Eglises qui l’ont adoptée ne tiennent pas pour intouchable ou achevé ce qui s’est passé au XVIe siècle. Les temps changent, les circonstances évoluent et chaque siècle, sans que les convictions de base soient remises en cause, voit apparaître de nouvelles modulations de l’exigence réformatrice : le XVIIe siècle a été dominé par un fort souci d’orthodoxie doctrinale ; le XVIIIe, très marqué par la figure du pasteur neuchâtelois Jean Frédéric Ostervald, s’est beaucoup préoccupé de l’incidence de la foi sur les mœurs ; le XIXe, illustré par la personne du Vaudois Alexandre Vinet, a été traversé à la fois par le Réveil, qui entendait réveiller la foi personnelle des fidèles, et par une défense résolue des libertés dont la foi a besoin pour s’épanouir, y compris dans l’ordre doctrinal ; le XXe restera probablement celui des ouvertures œcuméniques.

Quelques protestants du XX ème siècle

Mur des réformateurs