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Le dialogue interreligieux, rencontres de croyants de différentes confessions, religions ou spiritualités, pratiqué par les églises réformées s'enracine d'une part dans le mouvement de Dieu lui-même vers l'être humain (1) et d'autre part dans la situation historique que l'Occident vit aujourd'hui (2).
1. Il se déploie par fidélité à l'article de foi qui affirme que le Tout-Puissant s'incarne, se dépouille de sa majesté et de sa richesse et accepte, au nom de la rencontre avec autrui, la fragilité et la perméabilité:
"Ayez en vous la pensée qui était en Christ-Jésus, lui dont la condition était celle de Dieu, il n'a pas estimé comme une proie à arracher d'être égal avec Dieu, mais s'est dépouillé lui-même, en prenant la condition d'esclave, en devenant semblable aux hommes; après s'être trouvé dans la situation d'un homme, il s'est humilié lui-même en devenant obéissant jusqu'à la mort, la mort sur la croix. C'est pourquoi aussi Dieu l'a souverainement élevé."
(très ancien hymne chrétien repris dans le Nouveau Testament par l'auteur de la lettre aux Philippiens 2, 5s)
Ainsi, la rencontre est essentielle pour le chrétien. Pour accueillir l'autre dans sa différence, le croyant qui suit le Christ se dépouille de ses richesses théologiques et spirituelles afin de permettre une rencontre ouverte, non-encombrée, mais croyante, confessante.
La foi chrétienne qui affirme Dieu par le prisme de Jésus-Christ, confesse un Dieu en relation, en dialogue, pour faire éclore l'amour-don sur la terre.
2. L'histoire du christianisme est aussi une histoire interreligieuse. La première église évolue dès sa naissance en situation plurireligieuse: le panthéon romain, la gnose et les cultes à mystères, la judaïsme, le monde religieux de l'hellénisme. Des réponses diverses ont été apportées à ces confrontations dont font écho notamment les Actes des Apôtres. Les croyances fondamentales de la chrétienté ont été élaborées en relation tendue ou ouverte avec le milieu ambiant; elles ne sont jamais des affirmations "hors-temps".
Au seizième siècle, l'Occident fait l'expérience douloureuse du pluralisme intra-chrétien par la Réformation. Les églises issues de la Réforme feront également très vite l'expérience de la pluralité à l'intérieur du protestantisme.
Aujourd'hui, l'Occident découvre la pluralité religieuse au milieu de sa société civile, la Suisse Romande compte 85% de chrétiens dont 54 % sont membres de l'église catholique-romaine, moins de 1000 sont adeptes de l'église catholique-chrétienne, 30 % des églises réformées, 1 à 3 % d'églises et communautés évangéliques et 1 % membres d'une église orthodoxe. 0,5 % de la population romande est juive, 2 à 3 % musulmane, plus de 5000 personnes fréquentent des communautés d'une religion orientale. Ne sont pas répértoriés les adeptes de plus en plus nombreux des mouvements esotériques, sectaires ou syncrétistes. 2700 personnes sont membres de l'église néo-apostolique et 0,5 % sont Témoins de Jéhovah. Les chiffres concernant les musulmans, les communautés orientales et les églises évangéliques et pentecôtistes sont à voir à la hausse. Le dernier recensement donnera une image plus récente de la situation plurireligieuse de la société suisse-romande.
Le monopole du discours religieux n'appartient plus aux églises historiques. La Suisse romande accueille des communautés chrétiennes nouvelles comme aussi des centres religieux soit de religions traditionnelles ou de nouveaux élans spirituels. Le citoyen est devant un choix, parfois il pratique une pluriappartenance.
Cette proximité d'autres communautés religieuses exige du chrétien de repenser sa foi et de relire la Bible à partir de cette pluralité. Le protestantisme comme mouvement de pensée et comme institution ecclésiastique n'est pas détentrice de la vérité absolue à laquelle d'autres mouvements religieux participeraient en ce qu'ils auraient dans leurs vérités relatives des semences évangéliques. Seul Dieu est véritablement vrai, toutes les formes religieuses parmi les humains sont seulement relativement vraies, accueillant et participant à la vérité totale, mais ne la possédant jamais. La liberté de Dieu est totale et Il accorde sa grâce à qui Il veut et où Il veut. De cette corrélation active, théologique et existentielle entre tradition chrétienne et monde contemporain, plurireligieux, peut naître des réinterprétations de la foi chrétienne et du message et l'œuvre de Dieu en Jésus-Christ afin de rendre plus compréhensible la foi et la liturgie réformée.
Ce travail est encore en gestation timide du côté protestant.
"Copernic réalisa que c'est le soleil et non la terre qui est au centre et que tous les corps célestes, y compris notre propre terre, tournent autour de lui. Nous avons à réaliser que l'univers religieux est centré sur Dieu et non sur le christianisme ou sur toute autre religion. C'est lui le soleil, la source d'où vient la lumière et la vie, lui que toutes les religions reflètent, chacune à sa manière propre." Par ces propos, un théologien protestant britannique, John Hick, prend une position radicale expliqué dans son livre fameux "Dieu a plusieurs noms".
Dans l'élan spirituel inspiré par l'incarnation de Dieu en Jésus-Christ et en corrélation avec la situation plurireligieuse de la société romande, le dialogue interreligieux est pour le pasteur Jean-Claude Basset de Genève, une alternative à la coexistence dans l'ignorance, à la confrontation polémique ou à l'apologétique. Il est exigeant car il maintient ensemble l'exigence d'un témoignage de foi et l'ouverture et l'amour de l'autre, il laboure entre racines et ouvertures. Il élargi la spiritualité de chacun et exige une réflexion constante sur les concepts et pensées essentielles de chaque religion. Il écrit avec pertinence dans sa 38è proposition: "En rejetant tout à la fois le prosélytisme et le syncrétisme, le dialogue interreligieux fait de chaque croyant un témoin qui trouve dans l'échange mutuel l'occasion d'exposer et de tester sa foi."
Plusieurs formes de dialogue sont nécessaires:
- 1. dialogue de vie "vivre ensemble"
- comment au quotidien vivre ensemble, dans les quartiers, dans les écoles, dans une famille, à plusieurs appartenances religieuses avec ses fêtes et leurs symboles? Ce dialogue est indispensable pour une vivre ensemble. Il permet le passage de la tolérance vers l'apprivoisement et l'accueil positif des différences.
- 2. Dialogue spirituel "ensemble devant l'ultime"
- Par l'ouverture à l'autre et la reconnaissance de sa vie spirituelle authentique, élargir sa propre spiritualité. Ce dialogue permet parfois de retrouver un nouvel élan pour faire de la théologie et renouveler la vie spirituelle du croyant.
- 3. Dialogue social et éthique "ensemble humaniser le monde"
- Dans divers dossiers éthique et dans les questions de société (globalisation du commerce, le génétique, l'écologie, la liberté d'expression religieuse, le statut des femmes, etc) les communautés religieuses peuvent s'associer et défendre des valeurs.
- 4. Dialogue théologique "mettre à plat les convictions"
- Il permet de mieux comprendre les convictions qui sont derrière les mots, pour saisir les convergences et les différences irréductibles. Il se distingue de la tradition académique des religions comparées par le fait que les partenaires en dialogue sont engagés dans une tradition religieuse.
Martin Burckhard
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