Depuis toujours séduit par les jeux, Marc Staehli a découvert l’univers captivant du jeu de rôle lorsqu’il était collégien. Attiré par le monde de la chevalerie avec cet esprit bien particulier de service et d’exigence, vécu alors au sein des scouts, il est d’emblée conquis par la beauté du jeu de rôle baigné de "fantastique médiéval où l’on n’est restreint par aucun carcan, où l’on peut laisser libre court à son imagination".
Ainsi, depuis quinze ans, il se rend à plusieurs rencontres mensuelles où, avec quelques autres passionnés, il entremêle les destins merveilleux de personnages de contes de fées. Elfes, magiciens, dieux et immortels s’entrecroisent en des mondes complexes, dûment cartographiés, qui sont le décor d’une quête interminable: “C’est un contexte manichéen bourré d’embûches, chaque rencontre, chaque conflit va créer pour les personnages une expérience qui va leur permettre d’évoluer”. Les participants reçoivent ainsi une feuille d’identification qui sera le reflet de l’évolution de leur personnage. Au hasard des dés et des obstacles franchis, l’histoire évolue très librement en interaction entre le comportement des personnages et le scénario du meneur de jeu.
Ni perdant, ni gagnant
Marc Staehli dévoile deux épais ouvrages: “Le jeu Donjon et Dragons comporte des règles, mais le maître du jeu peut prendre une grande liberté. Mon scénario, je l’ai mis en place il y a quinze ans, et l’histoire s’est affiné et complexifiée au gré des parties. Il n’y a ni perdant, ni gagnant, l’essentiel, c’est le déroulement du jeu”. Les plus accros sont de sexe masculin (bien qu’elles commencent à y prendre goût…), issus du milieu gymnasien et estudiantin où la pratique est conviviale: “les trop jeunes ont parfois tendance à s’identifier à leur personnage, à se prendre trop au sérieux, la présence de plus anciens est un garde-fou”. A entendre Marc Staehli énumérer les nombreux avantages tirés de son expérience de rôliste, on comprend que son intérêt perdure: “j’y ai gagné des amis et acquis une foule de connaissances: apprentissage de l’anglais, ouverture à l’histoire, l’archéologie, l’art, la littérature. Tout cela a stimulé ma créativité et surtout, en facilitant l’expression et l’extériorisation, m’a rendu plus ouvert à la communication. Le seul bémol est dans la difficulté à concilier une pratique exigeante en temps avec sa vie privée. Marc Staehli est confiant dans l’avenir du jeu de rôle même si certains jeux mis sur le marché récemment l’inquiètent: “ils proposent de s’identifier à des personnages malfaisants et attirent ainsi des gens bizarres. Rien à voir avec cette quête du merveilleux que l’on retrouve dans la grande majorité des jeux”. Aucun risque non plus d’être phagocyté par les écrans, les propositions “on line” n’offrent pas (encore?) la richesse des interactions engendrées par la présence des participants, et surtout, elles n’en ont pas la convivialité. C’est sans doute cette abondance dans les échanges où chacun peut explorer librement son imagination qui garantit le succès des jeux de rôle. Succès relayé pas les nombreux clubs et revues sur le sujet qui offrent un support informatif indispensable à une activité encore méconnue et apparaissant trop souvent comme suspecte.