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d'un article
La Vie protestante Genève
Article du 09/25/2002 paru dans la rubrique Ombres & Lumière
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Les enfants "sorciers", entre traditions et culture des droits humains
Par Bouchardy Marie-Thérèse
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Dans certaines régions d’Afrique, un prématuré ou un orphelin dont la mère est morte en couches sont considérés comme des enfants sorciers. Rejetés par leur communauté, ils sont, pour la plupart, victimes d’infanticide. Des militants des ACAT africaines (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture) se mobilisent pour lutter contre la violence dans les pratiques traditionnelles.

Aujourd’hui encore, et dans le nord du Bénin en particulier, les enfants "sorciers" sont tués à leur naissance, malgré l’interdiction de la loi.
Un enfant "sorcier" est un enfant qui naît et dont la mère meurt en couches; un enfant prématuré ou qui se présente par le siège; un enfant qui commence sa dentition plus tôt que la normale ou à la mâchoire supérieure… La femme qui accouche et son enfant sont abandonnés par la matrone qui court avertir le village. Un "réparateur", ou bourreau, est dépêché sur les lieux pour prendre possession du nouveau-né. Il doit "réparer" les anormalités de la nature pour protéger le groupe. Il emporte l’enfant pour le sacrifier, comme l’exige la coutume. Il existe plusieurs modes d’élimination: noyade, étouffement ou empoisonnement à l’aide de plantes vénéneuses. Mais le plus souvent, le "réparateur", après avoir lié les pieds du bébé, le balance au bout d’une corde et lui fracasse la tête contre un tronc d’arbre. De père en fils, le bourreau est reconnu comme tel par le village.

Enfants "sorciers", enfants de malheur
Pour ceux qui pratiquent l’infanticide, un enfant né dans les conditions décrites plus haut est un "démon" qui a pris forme humaine pour nuire à la société. Il faut donc l’éliminer, car les villageois effrayés font porter à l’enfant la responsabilité de tous les malheurs du village. Si l’enfant échappe à l’infanticide dans sa prime enfance, il n’est cependant pas définitivement à l’abri. Une fillette a ainsi été tuée à l’âge de huit ans. Ceux qui n’ont pas été éliminés vivent de la mendicité. Ils déclarent que lorsqu’ils seront grands, ils seront vendus comme une marchandise pour garder les troupeaux ou travailler chez un riche voisin.
Depuis les temps les plus reculés, chez les Boo, les Baatombou du Bénin, du Nigeria et les Peuls du Bénin, de nombreux enfants ont été victimes d’infanticide. Les enfants "sorciers" sont traités différemment selon les régions. Dans le sud du Togo, par exemple, on ne les tue pas, mais on pratique certaines cérémonies pour les exorciser.

Information et sensibilisation
Face à cette situation, des militants pour les droits humains et des membres des Eglises ont réagi. Soutenus par Espoir contre l’Infanticide (ELIB), Espoir Sans Frontière (ESP) et le Rotary Club, l’ACAT et le Service interdiocésain Justice et Paix de Parakou ont entrepris une campagne de sensibilisation. Ils essaient de rencontrer les parents et les autorités concernées. La formation des sages-femmes et la construction de maternités a déjà sauvé la vie de nombreux enfants, en mettant les nouveaux-nés à l’abri des infanticides "rituels". Quant à ceux qui ont échappé à l’infanticide, des missionnaires s’efforcent de leur trouver une famille d’accueil.
Il faut se rappeler que la mort d’un innocent, comme bouc émissaire, n’a jamais résolu le problème de la peur, que ce soit celle d’un Hérode assoiffé de pouvoir ou d’une population enfermée dans ses superstitions.

Marie-Thérèse Bouchardy